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L'hypothèse du castor, René Siestrunck Empty L'hypothèse du castor, René Siestrunck

Sam 6 Jan - 8:02
L'hypothèse du castor, René Siestrunck 97828411




La collection L'Ange du bizarre propose une sélection de textes du méconnu René Siestrunck, disparu en 2021. Un préambule et une post-face nous expliquent l'engagement de cet homme, très actif dans la vie de la cité, maire de sa commune, marcheur, créateur des éditions Transhumances. Vivant dans le Briançonnais, il raconte la montagne, les plaisirs et les duretés de la vie dans ces lieux enneigés. Pierre Laurendeau a puisé dans plusieurs de ses livres pour cette anthologie. On trouve principalement des histoires tirées de L'Hypothèse du Castor (1992), des Contes en pente douce (1994) et des Contes de la lune rousse (2002).

Le recueil s'ouvre sur de courts textes descriptifs très bien écrits, provoquant sur le lecteur une sorte de sérénité : parler si bien de la mouche domestique, la faire aimer en quelques lignes relève du prodige ! Hommage à la "musca domestica" :

"C'est dire si l'animal est attachant et apprécie la compagnie humaine, sorte de grillon du pauvre ou de cigale des grands froids. Comme le chien et le chat et dans une moindre mesure le cochon, la mouche est domestique, Musca domestica, qui qualifie la plus familière d'entre elles."

"Il arrive que la mouche croie au miracle de sa propre vie."


Les textes qui suivent immédiatement, extraits eux aussi de L'Hypothèse du castor, nous relient à la nature : une énorme envie d'hiberner et de rejoindre la marmotte nous saisit à la lecture de "Bonjour, vous!" ; l'éloge du pissenlit fait désirer le printemps où l'on dégustera la plante sous toutes ses formes, ce "taraxacum", "couronne de moine", "laitue de chien", "salade de taupe" dont on peut manger toutes les parties, même la racine (mais "rien à voir avec l'expression" !) ; l'éloge encore de la chèvre des montagnes, un "Sabbat des chats" où il est écrit qu'"on ne demande pas de comptes au chat. Il existe et c'est bien suffisant", ou encore la description des araignées, premières de cordée.
Voilà un homme qui aime la nature, comme le montre  "Heureux qui comme Hélix", une invitation à partager ses salades avec l'escargot, car il y en aura pour tout le monde :

"Son pire ennemi est finalement l'homme, le sinistre prédateur qui fouille l'herbe haute de sa canne, se baisse et ramasse l'infortuné mollusque qui s'en va moisir, "dégorger" dit ce poète, dans un odieux panier à salade désaffecté."

Deux contes en particulier, "Cartable plombé" et "L'éclat de l'or", empruntent la voie du fantastique : dans le premier, on assiste à un étrange massacre, dont on ignore la véracité et qui revient régulièrement dans les rêves du narrateur. Celui-ci observe aussi et admire A., une femme de la montagne qui lui fait écrire :

"A., je ne prononce pas son nom sans que ce soit un appel.".

"Avec A., je resterai là. Il y a toujours plus de verdeur, de neige et de lumière. Des arbres poussent maintenant dans les ruines. Les caves brandissent des ronciers cruels. Il faudrait que le torrent un bonne fois pour toutes se décide à gonfler !
Elle sait si bien marcher ! J'aime le mouvement de ses jambes et le léger balancement de son buste, la douceur de son pas. Personne ne marche comme elle, aussi longtemps. (...)"


"L'éclat de l'or" narre l'histoire d'un homme pauvre, qui part dans la montagne pour rapporter de l'argent à sa femme et à ses enfants. Lors de son périple, il remarque des hommes figés dans la neige, puis il croise une créature naine, qu'on ne nous décrit pas autrement : elle lui offre un morceau d'obus éclaté, qu'il revend pour une grosse somme.

"Quelques blocs erratiques déposés par le glacier rappelaient, sous certains angles et avec un peu d'imagination, les corps agglomérés et gelés découverts au printemps suivant par des pâtres montant à l'alpage. (...) "Hé, l'humain, s'il vous plaît, réveille-toi.""

Désirant s'enrichir davantage, l'homme repart et retrouve quelque temps plus tard la créature, qui lui offre un autre morceau encore plus précieux... Fera-t-elle de lui un homme riche ?

Voici aussi une petite histoire à finir soi-même (Contes de la lune rousse):

"—Madame, puisse votre petit déluge de fiel vous faire autant de bien qu'il m'a fait du mal. Vous n'aurez pas l'honneur de me compter au nombre de vos ennemis !"

René Siestrunck parle de la montagne qu'il aime, il la prend pour sujet ; pour autant, ces textes, par leur qualité d'écriture, ne peuvent être qualifiés de littérature du terroir. Témoin ce passage :

"Il sait que l'image du monde est dans les cailloux du torrent, qu'entre le réel et l'imaginaire il n'y a qu'un cerceau de papier comme celui que le dompteur présente au tigre. Il faut se lancer dans l'irréel si l'on veut garder une raison de vivre les pieds sur terre."

Anthologie à découvrir chez Ginkgo éditeur, collection "L'Ange du bizarre".
CM
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