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Et il y eut un matin, Sayed Kashua (2004) Empty Et il y eut un matin, Sayed Kashua (2004)

Mar 7 Mai - 8:28
Et il y eut un matin, Sayed Kashua (2004) Et-il-10

Les éditions Points font reparaître en poche le roman de Sayed Kashua, sorti en 2006 chez L'Olivier, Et il y eut un matin, sous une couverture plus neutre par rapport à celle de 2008, qui montrait des drapeaux israéliens flottant dans le vent avec des chaussettes qui sèchent.
L'auteur, s'inspirant de sa propre vie pour nourrir son personnage principal, raconte l'histoire d'un Arabe israélien, journaliste qui décide de revenir dans son village d'enfance, village arabe d'Israël, situé dans le triangle près de la frontière cisjordanienne. Il se plaint de sa condition, de ne pas être considéré à sa juste valeur par les Juifs... Il perd aussi son travail, mais ne le dit pas à sa femme.
Revenu sur les lieux de son enfance, il vit dans une maison à côté de celle de ses parents, partageant tous leurs repas, retrouvant, sans s'en réjouir beaucoup, l'existence d'autrefois, entre un père autoritaire et une mère peu attentionnée envers ses fils.
Un jour, le village est bouclé par des tanks israéliens. On ne sait pas ce que veut l'armée, et durant tout le roman, on assiste à ce blocus improvisé, auquel personne au village ne comprend rien. Les aurait-on confondus avec des Palestiniens ? Des terroristes se cachent-ils dans le village ? L'électricité est coupée, il n'y a plus d'eau, plus de vivres. Les ordures s'accumulent, des jeunes en profitent pour se transformer en émeutiers, se prenant pour des rebelles palestiniens du Tulkarm... Au milieu de tout cela, le narrateur essaie de se débrouiller pour protéger ses proches et cherche à comprendre.

Le roman est assez ambigu. L'auteur, par la voix de son narrateur, s'en prend aux Juifs tout en chérissant son statut d'Israélien pour des raisons économiques... Car l'Arabe israélien qu'il est, comme on le comprend dans ce livre, n'a aucune intention de devenir palestinien, mais il veut bien rester israélien tout en se plaignant des méchants Juifs, leur imputant ses propres échecs.
La fin, sans la révéler, prête tout de même à sourire. On rappellera juste qu'Avigdor Lieberman a proposé, il y a quelques années, de changer le statut de certains Arabes israéliens (idée qu'on retrouve dans le plan de Trump en 2020 pour la résolution du conflit israélo-palestinien) pour les transférer sous autorité palestinienne. Les raisons, on les comprend aussi dans le livre : après les diverses Intifada et autres attentats, le gouvernement israélien veut protéger les citoyens juifs, et les Arabes israéliens peuvent être considérés comme non fiables ; on le sent d'ailleurs dans le livre où le narrateur à une certaine haine des Juifs et fait preuve de pas mal de mauvaise foi, comme au moment où il critique tout ce qui touche au projet sioniste, déformant quelque peu la réalité à son profit et remettant en doute des grands noms de l'histoire juive. Il prend au passage sa femme, professeur dans une école d'État, pour une imbécile qui ne comprend rien de ceux qui les dirigent :

"Je ne suis pas sûr que ma femme qui était Berl Katznelson, l'homme qui a donné son nom à l'École normale. En fait, je suis certain qu'elle croit que c'était un héros et un pédagogue exemplaire, parce que c'est ce qui est inscrit sur la plaque à l'entrée de l'institution".

(Berl Katznelson était un pionnier sioniste qui a travaillé dans l'agriculture et fondé un coopérative en 1916, avec pour objectif de fournir aux juifs de Palestine de la nourriture à bas prix... de quoi déplaire au narrateur frustré par ses origines). Les positions du père du narrateur, qui semble comprendre en quoi son statut d'Arabe israélien est un bienfait, contrebalancent tout de même un peu ce parti-pris.
La vision des femmes dans ce roman n'est pas très reluisante : les Arabes israéliennes sont toutes des femmes au foyer qui ragotent autour du thé, et la femme du narrateur semble, à ses yeux, une jolie naïve/imbécile.

Le roman se lit bien, et un peu comme à livre à suspens : on a envie de savoir pourquoi le village est bouclé et comment les choses vont finir, car, en référence à la Genèse, "il y eut un matin..." : à quoi ce nouveau jour ressemblera-t-il ?
Le roman a été très librement adapté au cinéma par Eran Kolirin en 2022.
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