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À la folie, passionnément, Marianne Chaillan (2023) Empty À la folie, passionnément, Marianne Chaillan (2023)

Ven 7 Avr - 7:50
À la folie, passionnément, Marianne Chaillan (2023) 33942010


à M.
La vie renaît partout, explose. Partout les petites fleurs sauvages, les violettes et pâquerettes dans l'herbe que j'entraperçois de la fenêtre, et les allers retours incessants des bergeronnettes qui, brindilles après brindilles, construisent un nid dans les gouttières de ta maison.
Spinoza parlerait de conatus, cet élan qui nous pousse à persévérer dans son être, cet élan "qui traverse toutes les réalités de la nature, les conduisant à se déployer. C'est par la force de cette impulsion que la graine pousse, puis éclot."
Le conatus spinoziste se révèle particulièrement dans le désir par lequel s'exprime toute la puissance de vie qui déloge, pousse en avant, une vague qui submerge, roule ses galets, vous dépose en des lieux insoupçonnés qui vous révèlent en vous transcendant. Du conatus, du désir, naît parfois la rencontre amoureuse "dans (laquelle) se joue de façon complexe, un départ vers un inconnu qui fait rupture avec tout ce qui le précède, et qui pourtant, en même temps, de façon paradoxale, m'emmène vers moi, dans une fidélité, une continuité. Le désir, je le sens, me fait advenir tout en m'arrachant à la clôture de mon identité telle que je la comprenais jusque là".

Ainsi s'exprime Marianne Chaillan dans son nouvel essai À la folie, passionnément paru aux éditions des Équateurs, que je parcours avec plaisir, levant parfois les yeux sur ton jardin et la nature environnante, que trois mois plus tôt je ne connaissais pas, et vers lesquels m'a propulsée le désir amoureux. À la suite de Lévinas, elle souligne effectivement la dimension de surgissement, d'effraction liée à la rencontre amoureuse, entraînant "l'effet d'un débordement".
C'est à partir de cette nouvelle place surprenante où je me trouve, symbolisée par ce fauteuil duquel j'aperçois le ruisseau en contrebas, que je lis la réflexion de Marianne Chaillan, laquelle réhabilite le désir comme vie, avec tout ce que cela comporte d'incertitude, de découverte, de révélation de soi, dans cette position où l'on se tient "en dehors de soi" (Sartre), mais où pourtant s'exprime, par la médiation de l'autre, quelque chose de soi.
À l'heure où l'accent est mis à tous les niveaux de l'existence sur la sécurité, où les prises de risque se veulent minimes, rejoignant en cela les propos des philosophes classiques qui se méfiaient des passions, leur préférant la Raison, l'essai de Marianne Chaillan impulse une énergie solaire, s'appuyant sur la culture populaire (séries télé, romans, etc.) pour étayer ses propos. En soulignant à quel point la vie est mouvante, naissance et mort mêlés, rejeter le désir, c'est rejeter la vie-même en son essence, c'est renoncer au renouveau, au printemps, à la force jaillissante.
Pour conclure, "désirer, c'est être vivant. Vivre, c'est se sentir traversé par le grand vent de notre élan vital. Comme le vent, il souffle, parfois violemment, et nous emporte".
Comme le vent, ils m'ont emportée , en un lieu que je découvre, au milieu des pâquerettes et des violettes, "ces désirs qui ont peut-être soufflé vos maisons confortables, brisé vos projets, renversé ce que vous considériez comme votre vie".
Qu'importe, réjouissons-nous ! "Dansons tant qu'il est temps, saoulons-nous de printemps, jusqu'à notre souffle dernier."
Cécile Roussilhe

Marianne Chaillan, À la folie, passionnément, Éditions des Équateurs 18€

Voir aussi un autre livre récent sur le thème du désir et de l'amour :
Le Langage de l'amour de Julie Neveux
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À la folie, passionnément, Marianne Chaillan (2023) Empty À la folie, passionnément, en poche

Mar 26 Mar - 8:34
À la folie, passionnément, Marianne Chaillan (2023) 20240314

"Il n'y a pas d'Éros tranquille !"

L'essai sur le désir amoureux de Marianne Chaillan paraît en poche aux Éditions Points.
L'auteur écrit un beau texte, où l'on sent la passion et l'envie de réfléchir à partir de son expérience personnelle et de ses références culturelles. Le livre est placé sous plusieurs égides, en particulier sous celle d'Albert Cohen, dont Belle du seigneur renferme toutes les contradictions : l'immense roman, qui met en garde contre la passion amoureuse, est la plus belle des invitations à aimer !
Dans À la folie, passionnément, Marianne Chaillan raconte la rencontre, l'approche, la "consommation" de l'amour, son usure aussi. Elle s'appuie sur le mythe fondateur platonicien, qui dit que les amants sont des êtres séparés un jour par la foudre de Zeus, passant toute leur vie à chercher à se retrouver. Le désir est manque, il est volatil ; il pousse à tenter de posséder, puis une fois assouvi, délaisse son objet.

L'auteur nous rappelle, à travers les mots de Chantal Jaquet, une des belles étymologies du verbe "désirer" :


À la folie, passionnément, Marianne Chaillan (2023) 20240315


Mais le désir semble aveugle... "Nietsche remarque qu'il suffirait de lunettes plus puissantes pour guérir les amoureux." Marianne Chaillan nous dit les leurres du désir, qui s'attache aveuglément à un objet. Elle a recours à la littérature antique pour montrer la cécité de l'amoureux, et cite avec humour Lucrèce :


À la folie, passionnément, Marianne Chaillan (2023) 20240316


Éros est fils de Poros et de Penia, l'abondance et le manque selon le mythe du Banquet de Platon. "Le désir est à la fois ce manque qui aspire à être comblé et ce trop-plein qui excède toute situation donnée."
Par sa double naissance, "le désir ne naît pas de l'incomplétude, il n'est pas marque de la misère de l'homme : il révèle, au contraire, sa puissance."

Malgré ce constat qui pourrait pousser à refuser le désir, à vouloir le contrôler, voire l'éteindre, l'auteur fait parler des philosophes comme Levinas, Descartes, Schopenhauer ; parmi eux, Spinoza développe la notion de conatus, cette force, ce désir qui pousse à se surpasser, à créer, et surtout à vivre. "Désirer, c'est être vivant. Vivre, c'est se sentir traversé par le grand vent de notre élan vital." Si certains refusent cette imprudence soufflée par le désir, d'autres savent que la vie est brève et que son confort ne suffit pas toujours à la sentir. Marianne Chaillan cite les personnages de la Traviata :

"Violetta réprouve ainsi ses propres désirs. Alfredo lui ayant déclaré ses sentiments, elle se demande si l'amour sera son malheur. Elle n'a jamais connu la joie d'aimer. Mais elle renonce : "Follie, follie ! Delirio vano è questo !" Croire en l'amour est un vain délire ! Elle a tort et Alfredo lui répond.(...) L'amour est le souffle de l'univers entier, mystérieux et noble, croix et délice pour le cœur."


L'essai de Marianne Chaillan s'adresse à tous, à ceux qui ne veulent plus désirer, à ceux qui désirent trop.
"Ne pas désirer serait ne plus être vivant ! (...) Que serait l'homme sans désir ? — Un cadavre."

Dans les dernières pages, elle nous offre un hymne à la vie. Elle nous fournit aussi, à travers les mots d'Albert Cohen, un puissant carpe diem :

À la folie, passionnément, Marianne Chaillan (2023) 20240317


En décortiquant la nature du désir, Marianne Chaillan ne nous en dégoûte pas, au contraire ! Par l'enthousiasme qu'elle met à écrire cet essai, elle console de nos erreurs et donne envie de les commettre toujours !
C. Maltère
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